Un devis de création de site internet d'entreprise contient cinq postes, et un seul détermine si le site servira à quelque chose. C'est aussi celui qui est le plus souvent absent des devis, parce qu'il ne se facture pas facilement. Les outils qui produisent un site en quelques minutes ont bouleversé le bas du marché sans rien changer à cette ligne-là.
Cinq postes, toujours les mêmes. Ce que le site doit dire et à qui. Le design. La construction technique, référencement compris. Les textes et les images. Et ce qui vient après, hébergement, maintenance, évolutions.
Presque tout va au design, parce que c'est le seul poste qui se voit et qui se montre. La construction technique passe souvent en second, et le référencement se réduit à une case cochée dans le devis alors qu'il conditionne la structure entière du site. Quant au contenu, il ne se facture presque plus : les clients arrivent aujourd'hui avec leurs textes déjà rédigés par une IA. Reste le premier poste, celui de la décision, qui n'apparaît généralement nulle part.
Un site qui ne convertit pas est rarement mal construit. Il est presque toujours construit à partir d'une décision que personne n'a prise.
Avant le design, quelqu'un doit trancher ce que le site raconte : à qui il s'adresse, quel problème il traite, ce qu'un visiteur doit comprendre en quinze secondes, et ce qu'il est censé faire ensuite. Cette réflexion prend des jours et elle conditionne tout le reste.
Le prestataire construit à partir de ce que tu lui as dit en réunion de lancement, c'est-à-dire à partir d'une idée encore floue. Le site sort beau, moderne, conforme au brief. Et il ne convertit pas, parce qu'il n'a jamais été décidé qui il devait convaincre. Tu paies alors une refonte dix-huit mois plus tard, en changeant de prestataire, en pensant que le problème venait de lui.
Ces outils ont supprimé le coût de la fabrication. Ils n'ont rien supprimé du travail qui précède, et ce qu'ils rendent en trois minutes demande souvent plusieurs reprises.
Le bas du marché a disparu. Des outils produisent aujourd'hui un site complet en quelques minutes, textes compris, pour quelques centaines d'euros. J'en ai vu la démonstration sur mon propre site, et la vitesse est réelle : quelques minutes contre deux semaines de production.
Le résultat, lui, ne m'a pas convaincue. Des pages presque vides, une compréhension approximative de ce que je fais, des sections entières hors sujet. Il aurait fallu plusieurs reprises pour arriver à quelque chose de présentable, et à ce stade la question devient : combien d'heures suis-je prête à passer à corriger.
C'est là que se situe le vrai arbitrage. Ces outils exécutent le design, la construction et le contenu. Ils ne touchent pas au premier poste, celui de la décision, et ils ne peuvent pas : ils partent de ce que tu leur écris. Si tu ne sais pas encore ce que ton site doit dire, ils te le rendent en trois minutes au lieu de six semaines. Plus vite, pour moins cher, avec le même problème.
Ces outils ont supprimé le coût de la fabrication. Ils n'ont rien supprimé du travail qui précède, et ce qu'ils rendent en trois minutes demande souvent plusieurs reprises.
Deux sites, l'un à deux mille et l'autre à quinze mille, peuvent se ressembler à l'écran. La différence n'est pas visible le jour de la livraison, elle apparaît ensuite. Est-ce qu'on peut ajouter une page sans casser la mise en page. Est-ce que le site charge vite. Est-ce qu'il est construit pour être trouvé sur Google et les moteurs de recherche IA.
Un site de services n'est pas une plaquette qu'on imprime une fois. C'est une base qui doit vivre trois à cinq ans, accueillir des articles, changer d'offre. Ce qui coûte cher, ce n'est pas la création, c'est de tout refaire parce que la base ne suivait pas. Le vrai calcul se fait sur la durée de vie, pas sur la facture initiale.
Le prix d'un site ne se juge pas à la livraison. Il se juge à ce qu'il coûte de le faire évoluer deux ans plus tard.
Dans la décision d'abord, dans la solidité de la base ensuite. Le design vient après, et il compte moins qu'on ne le croit tant que le reste tient. C'est l'ordre exactement inverse de celui que suivent la plupart des projets.
C'est la façon dont je construis les sites à l'agence : la décision avant le dessin, une base qui doit tenir plusieurs années, et le référencement pensé dès la structure plutôt qu'ajouté après coup. S'y ajoute ce que peu de prestataires traitent encore, le balisage et la structuration qui permettent d'être repris par les moteurs de recherche IA, où une part croissante des recherches se fait désormais. J'ai fait le choix d'une structure resserrée, avec l'exigence et les garanties d'une agence mais sans le tarif d'agence, depuis New York. La publicité, le blog et le référencement continu se prennent en charge dans la foulée, ou pas du tout.
Si tu demandais aujourd'hui à trois personnes de ton entourage professionnel ce que vend ton entreprise, obtiendrais-tu trois fois la même réponse ? Tant que non, aucun budget de site ne règlera quoi que ce soit.
Les fourchettes qui circulent restent valables pour la fabrication, de quelques centaines d'euros en autonomie à plusieurs dizaines de milliers pour un projet complexe. Mais ces chiffres ne comparent pas la même chose. Un devis à deux mille euros couvre généralement un template adapté, sans travail de positionnement ni structure pensée pour durer. Un devis à douze mille couvre parfois exactement la même chose avec un plus joli dessin. Le montant seul ne dit rien. Ce qui le rend lisible, c'est le détail des postes.
Pour la fabrication pure, il s'en approche, et il faut le dire clairement. Ce que j'ai vu en démonstration allait très vite mais restait creux : des pages à moitié remplies, une compréhension approximative du métier, des sections à côté du sujet. Rien d'irrécupérable, mais plusieurs allers-retours nécessaires, et ces heures-là ont un coût aussi. Surtout, ces outils exécutent une intention sans jamais la produire. Si l'intention est nette, l'économie est réelle. Si elle ne l'est pas, tu obtiens simplement plus vite un site qui ne sert à rien.
Non, et cette habitude est le symptôme d'un mauvais premier choix. Un site correctement pensé évolue par ajouts successifs pendant plusieurs années : nouvelles pages, nouvelle offre, contenu qui s'accumule. La refonte complète tous les deux ans arrive quand la base ne permet pas ces ajouts, ou quand le positionnement n'avait pas été tranché au départ et qu'on espère que le suivant ira mieux.
Le site et LinkedIn ne remplissent pas la même fonction. LinkedIn met en relation et fait connaître. Le site est ce qu'on consulte quand il faut vérifier, comparer ou justifier un choix devant quelqu'un d'autre. Beaucoup d'indépendants tiennent très longtemps sans site et signent quand même. Le manque se fait sentir au moment de vendre plus cher, à des structures plus grandes, où l'absence de site devient une question qu'on te posera.